L'HISTOIRE DE LA TERRE CUITE A TRAVERS LES AGES


L'argile appartient aux matériaux les plus anciens travaillés par l'homme.

Cette terre, facile à mettre en forme, permet d'obtenir aisément des pots simples, des bols, des coupes, des carreaux, etc. Il suffit d'un peu d'habileté pour façonner des objets plus complexes, comme des pichets avec des anses et un bec, par exemple. L'argile permet de faire aussi des figurines utilisées par les cultes religieux ou pour la  magie.

La maîtrise de la poterie fut un pas important dans l'évolution de la civilisation néolithique. C'est aux alentours de 6000 ans avant Jésus-Christ que l'on retrouve les premières traces de l'existence de la poterie. Mais on sait que depuis près de 10.000 ans, les hommes exploitent la terre et bâtissent des villes.

Depuis l'antiquité, la terre cuite a été utilisée pour la décoration des temples et des palais de la Grèce Antique. Les premières constructions en terre cuite  et les premiers traitements datent du début de notre ère : il s'agit des casernes prétoriennes de Rome; il faudra attendre le VIIIè siècle en France pour utiliser les premières dalles et carreaux de terre cuite destinés à la construction des sols et des terrasses.

Les Grecs définissaient les parquets du nom "d' Apostrotom " : les sols de bois étaient cuits au four et formaient de très belles marqueteries. Les Grecs ont en quelque sorte inventé les premiers dallages au sol ainsi que le carrelage mural.

Le carrelage, nommé aussi "Tesselatum" par les Grecs, était constitué de petites dalles carrées : "les Favi" étaient les carreaux hexagonaux et "les trigonas", les dalles triangulaires. De nombreuses autres formes rectangulaires, arrondies ou personnalisées, étaient déjà connues des sculpteurs Grecs et furent utilisées en éléments de décoration.

Les Romains, à leur tour très créatifs, ont apporté les sublimes mosaïques de marbre représentant des scènes de la vie quotidienne ou imaginaires. Ils déclinèrent la terre cuite sous de multiples formes en passant par les briques, les tuiles, les contenants en tout genre: flacons de parfum, amphores, cruches à vin, dalles, figurines, sculptures et conduites d'eau chaude pour le chauffage au sols.

L'Opus romain est un assemblage complexe de carrés et de rectangles qui rompent ainsi la monotonie d'un sol uniforme. A l'heure actuelle, on utilise encore cette technique d'assemblage qui donne un aspect esthétique remarquable et sophistiqué: on trouve actuellement les opus romains dans des finitions adoucies, brossées et patinées. La variété des formats renforce l'aspect ancien de votre dallage.

Chez les Romains, le sol était fait de terre battue, de bois, de mortier de briques rose (dans la maison romaine) ou de mosaïques d'argile, de pâte de verre ou de marbre d'excellente qualité, venant du monde entier , pour embellir sols et murs de fresques très ornementées (dans les Domus) pour les plus fortunés.
Ils furent les grands précurseurs des traitements des sols et des murs : pour les sols, ils avaient élaboré de savants mélanges à bases d'huiles végétales et de catalyseurs à base de caséine (blanc d'œuf), des finitions à la cire d'abeille terminaient l'entretien de ceux-ci! Les traitements ont très peu évolué depuis les Romains, jusqu'à il y a environ trente ans.

Pour les murs des Thermes entre autre, des fresques représentant souvent des poissons, étaient appliquées "al fresco" (de l'italien fresco = frais) et peintes sur le crépi encore frais. En séchant, la couleur pénètre dans le crépi et forme un revêtement qui résiste à l'eau.

Un principe de construction de la voie romaine est que partout où il y avait des risques de dégradation, à la fois par l'utilisation et par les intempéries, celle-ci était construite de manière à résister à ces risques en toute saison (creusement de l'emprise jusqu'à 60 ou 80 cm de profondeur; dépôt d'un lit constitué d'un mélange étudié de sable, cailloux et pierres concassées, et pose d'une couche de surface de dalles jointives de pierre non gélive).

Les premières dalles de carrelage ont fait leur apparition en France seulement à partir du VIIIe siècle. La première utilisation fut d'orner les édifices religieux (carrelages incrustés d'ornements précieux).  L'usage domestique du carrelage est apparu en France à partir du XVIIIe siècle avec la fabrication des premiers sols en céramique dans les maisons bourgeoises. Il faudra attendre tardivement la fin du XIXe siècle pour que le carrelage se répande plus généreusement.
Dès l'Antiquité, on en fait un usage très abondant en Mésopotamie et dans l'Egypte des Pharaons, en Afrique et au Moyen-Orient pour les civilisations romaines puis musulmanes, en Asie les Moines Bouddhistes, ou les empereurs de Chine, en Amérique du Nord pour les indiens, au Mexique les Aztèques ou dans les Andes les Mochicas, en Europe au Moyen-âge, etc. Les civilisations les plus diverses ont construit des villes entières en terre.

En dehors des villes, les cultures rurales ont perpétué des traditions d'une grande diversité.
La terre cuite a supplanté la terre crue au cours des siècles et sous toutes les latitudes, grâce à ses qualités de solidité, de résistance aux intempéries, à sa souplesse dans toutes les utilisations et, depuis 150 ans grâce à son industrialisation.

4000 ans avant Jésus-Christ, les céramiques peintes restent le principal support de l'expression artistique. Témoins de l'histoire, elles étaient déposées dans les tombes. Durant toute l'Antiquité, les terres cuites ont fait la réputation de la Grèce archaïque et de la civilisation étrusque ensuite.
Dans l'architecture étrusque, les édifices étaient à la fois protégés et ornés par des éléments de terre cuite polychrome tels que tuiles, antéfixes, acrotères ou plaques de revêtements.
Les amphores, les vases, les cruches étaient en terre cuite peinte, avec une foule de détails réalistes ou pittoresques souvent colorés ou à figurines noires, inspirées de scènes quotidiennes ou empruntées à la légende.

Au XIIe siècle, apparaîtra la couleur; les potiers iraniens élaborèrent une nouvelle technique décorative dite "Haftrang" composée de sept couleurs. Cette recette nous a été transmise par un traité au XIVe siècle. C'est à cette époque qu'apparaissent les premiers décors au petit feu, nécessitant deux cuissons en atmosphère oxydante.

C'est également au douzième siècle que l'utilisation de carreaux de terre cuite vernissés se répand.
Au cours des treizième et quatorzième siècle, ils sont énormément employés pour décorer les sols et les isoler de l'humidité.

Jusqu'au milieu du treizième siècle, les carreaux ornent les sols des grandes églises, des collégiales, des abbatiales et des cathédrales. A partir du milieu du treizième siècle, ils sont utilisés pour les bâtiments conventuels, les églises paroissiales, les bâtiments civils tels que palais et grands châteaux.
A partir du quatorzième siècle, ils deviennent d'usage fréquent dans les châteaux forts et les manoirs.

Après la Guerre de Cent Ans, le quinzième siècle se distingue par un "maniérisme" très élaboré dans les décors complexes. Avec les vitraux, les peintures murales et les fresques, les carreaux de pavage sont l'un des éléments de la décoration.

Faits dans un moule, les carreaux séchaient pendant 24 heures. On appliquait ensuite la décoration, puis ils étaient découpés, séchés à nouveau, et cuits au four. Cette décoration des carreaux médiévaux dépendait essentiellement d'une combinaison d'argiles et de glaçure de différentes qualités.

Au douzième siècle, les carreaux sont encore unis. Les Cisterciens utilisaient le brun foncé, le noir, le jaune, le brun rouge, le vert clair, le vert foncé et parfois des décors en creux. Les carreaux  décoratifs étaient géométriques avec des formes diverses.

Aux treizième, quatorzième et quinzième siècles, les carreaux deviennent bicolores : jaune sur un fond rouge. Les décors nombreux et variés se diversifient : motifs géométriques, végétaux, animaux, personnages, dessins héraldiques...
Au seizième siècle, la Renaissance apporte en Europe un mouvement qui agite le milieu artistique et se manifeste sur toute la décoration (sur les reliures de livres, comme sur les parois peintes):  les céramiques et les marbres. La recherche de la beauté pure conduit les artistes à privilégier la courbe, la stylisation et la préciosité de la matière. Ils jouent avec cette terre, matière si malléable, pour raconter des scènes de la vie quotidienne ou religieuse, ou encore s'inspirent de la nature - tel Bernard Palissy qui trouve sa source d'inspiration dans les fossiles, les animaux, les plantes, etc. Il produit des plats en terre vernissée, surchargés de figurations animales en relief et très colorées.

Au XVIIIe siècle, la technique de cuisson au petit feu est parfaitement maîtrisée. Elle est obtenue par plusieurs cuissons successives permettant de fixer un plus grand nombre de couleurs (en particulier le rose qui n'est pas gardée à une température trop élevée).

Les dix-neuvième et vingtième siècles, avec l'apparition de l'ère industrielle, voient la fabrication des terres cuites révolutionnée. Actuellement, les techniques de chauffage par le sol nécessitent l'utilisation de carrelages. La terre cuite, comme complément indispensable à cette technique, est très appréciée des professionnels ainsi que des utilisateurs pour sa résistance, son confort et ses qualités thermiques.

La terre cuite est également très utilisée pour la fabrication de tuiles, faîtières, arêtiers, noues, bardeaux, et tout élément de mise hors d'eau.
 
Il est à noter que dans tous les pays méditerranéens, la terre cuite sous forme de carrelages fait partie intégrante de l'architecture: l'influence mauresque y est déterminante. Les carreaux s'affichent en façade, en signalétique, en intérieur au sol et sur les murs.
En extérieur, les carreaux aux couleurs variées, très gaies et lumineuses réfléchissent le soleil. En intérieur, ils conservent la fraîcheur et créent le décor.

La terre cuite a été et demeure, à travers les traditions historiques et populaires un des principaux matériaux.



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